La Belle et la Meute

Réalisateur : Kaouther Ben Hania

Durée : 1h40                                                             

Sortie : 18/10/2017   


Présenté cette année dans la sélection cannoise Un Certain Regard, ce thriller haletant dénonce d’une pierre deux coups le viol et la corruption généralisée en Tunisie.

Au cœur de la nuit, Mariam, jeune étudiante sémillante, est violée par des policiers. En dépit des menaces et pressions constantes, elle lutte coûte que coûte pour  porter plainte et défendre sa dignité.

 

Inspiré d’un fait divers sordide, survenu après le Printemps arabe tunisien, le film est un réquisitoire contre les institutions tunisiennes, qui semblent tolérer le viol et prôner la loi du silence.

En 2012, une jeune Tunisienne est violée par deux policiers, tandis que son petit copain est extorqué par leur collègue. Malgré le traumatisme, elle décide de porter plainte contre ses bourreaux. S’en suit une longue et houleuse bataille judiciaire, relayée massivement par les médias locaux, suscitant de vifs débats au sein de la société tunisienne.

Dans un premier temps, la victime elle-même est reléguée au banc des accusés, incriminée par ses agresseurs pour « atteinte aux bonnes mœurs et à la pudeur », avant d’obtenir gain de cause et de faire condamner les trois officiers.

La réalisatrice Kaouther Ben Hania a choisi de se focaliser sur la nuit du drame et de prendre des libertés avec les faits réels. Le viol n’est pas montré. Ce qui compte c’est l’évolution de Mariam de victime apeurée à résistante combative.  De crises de larmes en tremblements compulsifs, après moult hésitations et volte-face, la protagoniste va puiser en elle une force insoupçonnée pour braver les autorités policières et accuser ses bourreaux.

 

A la croisée de différents genres, empruntant aux codes du théâtre, le film mêle avec brio  diverses influences pour ériger Mariam en héroïne féministe.

Le film commence par une scène de comédie alerte, à une soirée estudiantine, dans laquelle l’héroïne, campée par l’ardente Mariam Al Ferjani, et ses amies rivalisent d’humour. Un long plan-séquence suit Mariam et sa comparse se pomponner aux toilettes, les saillies fusent face caméra – qui est sise à la place du miroir, positionnant d’emblée le spectateur en témoin privilégié –  le plan se prolonge dans la salle de fête, où Mariam et Youssef échangent des regards fugaces.

Mais la légèreté laisse très vite place au drame. On retrouve Mariam effrayée, escortée par Youssef à l’hôpital. Or, pour être auscultée, Mariam doit préalablement porter plainte au commissariat, le lieu où officient ses assaillants.  De cette aporie naît un sentiment de danger permanent. Le film bascule dans le thriller, rythmé par les va-et-vient de l’héroïne entre l’hôpital et les postes de police. Partout, on tente de la dissuader de s’exprimer, le temps d’une nuit la ville se transforme en un labyrinthique huis clos. Unité de temps, longs plans séquences filmés caméra à l’épaule… les codes du théâtre et du documentaire se combinent afin d’exacerber la tension. A mesure que l’étau se resserre autour de Mariam, elle apparaît de plus en plus seule, mais aussi de plus en plus courageuse et ingénieuse.

 


copyright photo : Jour2fête

Auteure : Suki Martin