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Le cinéma selon… Mathias Mlekuz

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« Le cinéma selon… » consacre ses lignes à une série d’entretiens menés auprès de réalisateurs français à la sortie de leur long-métrage en salle. Avec passion, humilité ou humour, ils livrent leurs perceptions du 7e Art et leur conception du métier. Confidences, réflexions, introspections, bienvenue dans l’intimité de ces faiseurs d’images.


Après plus de 30 ans de carrière en tant qu’acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, Mathias Mlekuz passe derrière la caméra et réalise son premier long-métrage Mine de rien. Un tournage de troupe pour un film choral interprété notamment par Arnaud Ducret, Philippe Rebbot, Mélanie Bernier, Rufus, Hélène Vincent et Marianne Garcia.

Un conteur d’images

Mathias Mlekuz : « Je fais du cinéma, avant tout, pour raconter des histoires. Quand pour la première fois de ma vie, je me suis mis à écrire un scénario, c’était pour raconter une histoire. Après, j’ai voulu la filmer, c’était pour “mieux la raconter”, la mettre en image. Quand on écrit un scénario, on pense immédiatement cinéma, on n’écrit pas un roman, on pense image. Donc la mise en image était déjà dans le scénario et j’ai voulu la concrétiser, faire exister les images que j’avais dans la tête. J’ai vu mon rôle de réalisateur comme un conteur et aussi un chef de troupe. Il fallait animer tous les acteurs, il fallait les diriger pour que tout le monde raconte la même histoire. Je me vois comme un conteur d’images. »

Mathias Mlekuz.
Charly, Atelier photographique

Les contraintes du réel

MM : « Il faut savoir que faire un film, ce ne sont quasiment que des contraintes. Donc c’est l’art d’être créatif avec les contraintes du réel. Je trouve que c’est vraiment un exercice. Il n’y a pas une journée de tournage au cours de laquelle il n’y a pas un truc qui ne marche pas, qui ne va pas comme on voulait ou comme on avait imaginé, un décor qui finalement ne se fait pas… Moi je ne me suis jamais attaché à l’idée première de la scène que j’avais en tête. J’ai une idée, voilà ce que je veux, si ce n’est pas possible, je change. Tout de suite. De toute façon, vu l’économie du film, je n’avais pas les moyens de faire “ah ben voilà, si je n’ai pas, non on ne peut pas tourner”. Je ne pouvais pas me permettre. Donc à chaque fois, je transformais la scène, je trouvais une autre idée. La fin par exemple, le plan sur la boîte de Chopic, c’est venu le jour même. Je n’avais pas de fin. La fin que j’avais imaginée n’était pas possible à tourner. Je me suis dit, tiens, ça pourrait faire une belle fin. On va mettre la boîte là, on va faire tourner la caméra comme ça et “pouf” ça fait le plan de fin. »

Arnaud Ducret, Marianne Garcia, Mélanie Bernier et Mathias Mlekuz.
Charly, Atelier photographique

Un hommage au bassin minier

MM : « Pour moi, c’était impératif de tourner dans le Pas-de-Calais. Je ne me voyais pas tourner ailleurs. Je ne me voyais pas tourner en Lorraine ou en Belgique, où pourtant il y a des mines. Il fallait tourner presque là où était descendu mon grand-père. Je tenais à cet hommage à ce bassin minier. Ça me tenait à cœur et c’est d’ailleurs un des derniers combats de mon père avant de mourir : le classement du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco. C’était important. Je ne sais plus qui disait que le premier film qu’on fait, on le fait pour le père. J’avais lu ça et bon, je me suis dit, c’est bizarre… Et finalement, avec Philippe Rebbot, on a décidé de dédier ce film à nos pères à la fin. Parce que finalement, je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de choses qui étaient destinées à la fois au grand-père bien sûr mais aussi au père. Et le bassin minier, c’est ce que j’ai eu en héritage finalement. »

Avant-Première du film Mine de rien, UGC Ciné Cité Ludres.
Charly, Atelier photographique

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Cet entretien a été réalisé grâce au précieux concours de l’UGC Ciné Cité Ludres et Nancy. Photographies Charly, Atelier Photographique.



Delphine Le Nozach, Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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