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l’histoire de la première école ménagère pour jeunes filles

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Saviez-vous que l’enseignement ménager, autrefois dispensé aux jeunes filles françaises, avait vu naître sa première école à Reims ? Le succès du film “La Bonne Épouse”, actuellement en salles, est l’occasion de raconter l’histoire de cet établissement créé en 1873.

 

Il est la surprise de ce début d’été au box-office français. Le film “La Bonne Épouse”, réalisé par Martin Provost, totalise plus de 500 000 entrées. Ce succès trouve peut-être sa source dans le thème abordé, plutôt rare sur nos écrans : l’enseignement ménager. Le long métrage nous ouvre les portes d’une école ménagère pour jeunes filles, à la veille de mai 1968. Aujourd’hui méconnues par le grand public, ces institutions ont proliféré, en France, de la fin du XIXe siècle aux années 1980. Et la ville pionnière en la matière ne fut autre que… Reims, avec la création, en 1873, du tout premier établissement spécialisé.

Une école pour se prémunir contre “les écueils de la vie”

À l’origine de cette “école professionnelle et ménagère de jeunes filles”, il y a Amélie Doublié, une femme de la haute société rémoise. Le 6 octobre 1873, dans l’une de ses propriétés située rue du Champ de Mars, elle accueille sa première promotion, composée de 24 élèves. Si la fondatrice de l’établissement meurt cinq ans plus tard, son mari Octave Doyen poursuit son oeuvre. Médecin respecté, notable local, maire de Reims de 1879 à 1884, il va conférer à l’institution un certain prestige en accroissant ses effectifs : celle-ci compte une cinquantaine d’élèves en 1881, une centaine en 1888 et 142 en 1907. Octave Doyen déménagera même l’école en faisant construire un nouvel établissement, en 1880, rue des Boucheries.

Amélie Doublié-Doyen, fondatrice de la première école ménagère française.

Amélie Doublié-Doyen, fondatrice de la première école ménagère française.

© Bibliothèque Carnegie Reims

C’est parce qu’elle se dit heurtée par la misère qui frappe les milieux ouvriers qu’Amélie Doublié fonde cette école. L’établissement doit permettre aux jeunes filles des classes populaires d’accéder à une profession et de les prémunir “contre les écueils de la vie“. Dans un rapport datant de 1907, l’institution se félicite de son bilan en expliquant que “beaucoup d’élèves sont devenues institutrices, caissières, vendeuses, repasseuses, lingères, couturières, giletières et corsetières“. Au-delà de cette dimension sociale, l’enseignement ménager encore balbutiant trouve ses racines dans les mentalités de l’époque, selon lesquelles la femme demeure avant tout une épouse et une mère dont l’entretien du foyer constitue la mission première. Dans un article publié le 19 février 1890, le quotidien Le Petit Parisien vante les mérites de l’école rémoise et justifie sa création par ces mots : “Le rôle de la femme est noble entre tous, puisqu’elle est la gardienne du foyer, et on a voulu faire en sorte qu’elle soit une gardienne intelligente, économe et sage.

Lavage, cuisine, comptabilité et tricot

L’établissement rémois reçoit les jeunes filles sortant de l’école primaire, à 13 ans. L’enseignement est organisé en trois ans. Toutes les connaissances liées à la tenue de la maison familiale y sont enseignées comme des compétences professionnelles : lavage, repassage, raccomodage du linge, cuisine et service de table, comptabilité personnelle et comptabilité commerciale, crochet, tricot, broderie, filet et notions d’hygiène. Les deux premières années constituent la base du programme, les cours généraux. Quant à la troisième année, elle représente celle de la spécialisation, notamment en atelier.
 

Élèves de l'ancienne école ménagère de Reims.

Élèves de l’ancienne école ménagère de Reims.

© Bibliothèque municipale de Reims

Le succès de l’école professionnelle et ménagère, qui fit des émules partout en France, s’explique entre autres par le soulagement qu’elle représente pour les ménages pauvres. Toujours dans son édition du 19 février 1890, Le Petit Parisien raconte : “Le père et la mère sont chacun de son côté à l’ouvrage, travaillant tout le jour pour gagner le pain quotidien. Et les fillettes grandissent, n’apprenant rien des secrets de la vie domestique, ignorantes de toutes les choses du foyer. Dans ces conditions, c’était un devoir pour ceux qui cherchent les améliorations sociales de trouver un moyen de donner aux jeunes filles l’éducation ménagère dont elles auront besoin plus tard.” Autre avantage : si l’inscription à l’établissement coûte alors 50 francs par an (une somme importante pour les familles défavorisées), la majorité des élèves bénéficient d’une bourse.
 
En 1914, avant sa fermeture causée par la Première Guerre mondiale, l’école compte plus de 200 élèves. Les locaux de la rue des Boucheries devenant trop exigus, l’établissement avait connu un deuxième déménagement, deux ans plus tôt, rue de l’Université, dans les locaux de l’ancien lycée… de jeunes filles.



Source France 3

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