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Livres de jeunesse : « Le Jardin secret », un classique revisité par le cinéma

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Image tirée de l'adaptation du "Jardin secret" par Marc Munden (2020). Copyright 2020 Studiocanal S.A.S

Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett a pu être décrit comme l’un des romans pour la jeunesse les plus importants du XXe siècle.

Publié pour la première fois en 1911, après une publication en feuilleton dans The American Magazine, le livre avait été qualifié par un critique de l’époque de « trop simple » et dépourvu d’enthousiasme. En réalité, il s’agit d’une histoire sensible et complexe, montrant comment le lien avec la nature peut favoriser notre bien-être physique et émotionnel.

Lu par des générations d’enfants, ce roman fait partie des incontournables de l’édition jeunesse et a inspiré différentes adaptations au cinéma. Un film avec Colin Firth, Dixie Egerickx et Amir Wilson, dont la sortie est prévue fin octobre, revisite cette histoire pour le public d’aujourd’hui.

Bande-annonce du film de 2020.

Le roman commence alors que Mary Lennox est retrouvée seule, dans sa maison en Inde, après la mort de ses parents lors d’une épidémie de choléra. Dans le livre, l’Inde n’est montrée que comme un décor empreint de maladie et de lassitude :

« Les cheveux et les yeux de Mary étaient jaunes. Née en Inde, elle avait toujours été malade, d’une manière ou d’une autre. »

Mary est « désagréable », « contrariante », « égoïste » et « cruelle ». Elle fait de futiles tentatives de jardinage en plantant des feuilles d’hibiscus dans des monticules de terre. La gouvernante chargée de s’occuper d’elle et des autres serviteurs « lui a toujours obéi et donné ce qu’elle voulait ».

A la mort de ses parents, elle est envoyée chez son oncle Archibald Craven, qui vit reclus au manoir de Misselthwaite, dans le Yorkshire. L’arrivée en Angleterre est un choc pour elle. La brusque franchise des serviteurs l’oblige à contrôler son comportement. Martha Sowerby, une jeune femme de chambre au franc-parler, offre à Mary une corde à sauter pour jouer : un geste qui aide à dépasser le malaise de Mary.

Au manoir, elle va aussi rencontrer Colin, son cousin de 10 ans, dont on lui a caché la présente mais qu’elle découvre après l’avoir entendu crier la nuit. Colin est incapable de marcher et pense qu’il n’atteindra pas l’âge adulte. Cloîtré dans sa chambre, il terrorise les serviteurs par ses colères : il fait de véritables crises d’hystérie, comme on peut en lire dans des romans de style gothique.

Magie de la nature

L’image la plus célèbre associée au roman de Burnett est sans doute celle de la porte verrouillée qui mène au fameux jardin.

Ce jardin clos a appartenu autrefois à la mère de Colin, Lilias Craven. Quand elle est morte suite à un accident survenu dans le jardin, son mari, Archibald, a condamné le jardin et en a enterré la clé. Après avoir retrouvé ce précieux sésame, Mary commence à travailler dans le mystérieux jardin, envahi par la végétation, avec le frère de Martha, Dickon. Finalement, elle parvient à faire sortir Colin de sa chambre avec l’aide de Dickon, et le jardin aide le garçon à reprendre des forces.

Burnett s’appuie sur le lien culturel entre l’enfance et la nature, faisant ressortir les croyances édouardiennes sur l’importance du jardin. Comme d’autres textes de l’époque tels Le vent dans les saules (1908) de Kenneth Grahame ou Peter Pan à Kensington Gardens de J.M. Barrie, Le Jardin secret explore aussi l’intérêt des Anglais du tournant du siècle pour le paganisme et l’occultisme, qui s’exprime à travers la fascination du livre pour le dieu grec Pan.

Bande-annonce du film de 1993.

La première fois qu’il apparaît dans le roman, Dickon, qui a des affinités avec les animaux et la nature, est présenté assis sous un arbre, en train de jouer avec une pipe en bois, qui rappelle la flûte de Pan.

Mary et Colin sont transformés physiquement et psychologiquement par le travail dans le jardin. Les pièces étouffantes et les passages étroits du manoir de Misselthwaite contrastent avec la liberté qui règne dans le jardin secret :

« Au début, il semblait que la verdure ne cesserait jamais de se frayer un chemin à travers la terre, le sol, et même dans les crevasses des murs. Puis elle a commencé à montrer des bourgeons et les bourgeons ont commencé à se déployer et à se colorer, de toutes les nuances de bleu, violet, ou cramoisi. »

Les enfants sont guéris par le jardinage dans le « vent frais de la lande ». Ils prennent tous deux du poids et des forces et perdent de leur pâleur. Le fait de jardiner renvoie à une maîtrise de l’espace lorsque Colin plante une rose – emblème de l’Angleterre.

Mary passe au second plan, car la guérison de Colin devient l’objet principal du texte. Le jeune héros recouvre la capacité de marcher et gagne même une course contre sa cousine.

Contexte historique

Le Jardin secret s’attache au pouvoir de la pensée positive : « les pensées – de simples pensées – sont aussi puissantes que des batteries électriques – aussi bonnes pour l’un que la lumière du soleil, ou aussi mauvaises que du poison pour l’autre ».

Cette mise en avant du pouvoir de la pensée positive traduit l’intérêt de Burnett pour les courants de « la NouvelLe Pensée » et de « la Science chrétienne ». La « NouvelLe Pensée » estime que les gens peuvent améliorer leur vie en modifiant leurs schémas de pensée. Elle a été développée par Phineas Parkhurst Quimby au XIXe siècle, dont l’une des étudiantes était Mary Baker Eddy, la fondatrice de la « Science chrétienne ». Bien que Burnett n’ait adhéré à aucun de ces courants, elle a reconnu qu’ils avaient influencé son travail. Tous deux rejettent souvent la médecine traditionnelle.

La croyance dans le pouvoir salvateur des pensées se manifeste dans les chants de Colin autour de la « magie » du jardin :

« Le soleil brille – le soleil brille. C’est de la magie. Les fleurs poussent – les racines s’agitent. C’est de la magie. Être vivant est magique – être fort est magique. La magie est en moi… Elle est en chacun de nous. »

Couverture de l’édition Gallimard Jeunesse de 2010.

Écrit lors de l’expansion de l’Empire britannique, Le Jardin secret manifeste les inquiétudes de l’époque autour de l’identité nationale. Toutefois, cet univers résonne toujours auprès du public contemporain. Cette nouvelle adaptation développe la « magie » associée au pouvoir des pensées, en introduisant un élément fantastique dans l’histoire lorsque Mary, Colin et Dickon entrent dans un jardin rempli de plantes exotiques.

La nouvelle adaptation du réalisateur Marc Munden semble également revenir sur l’accent colonialiste du texte de Burnett. Elle déplace à 1947, l’année de la partition de l’Inde, la période dans laquelle se déroule l’histoire. Alors que le texte de Burnett de 1911 considérait les relations de la Grande-Bretagne avec l’Inde à l’apogée de l’impérialisme britannique, l’adaptation de Munden situe le récit dans la période où l’Inde a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne.

Avec ce changement de point de vue, le film témoigne d’un souci de mettre ce texte au diapason du public d’aujourd’hui.

The Conversation

Emma Hayes no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.



Emma Hayes, Academic, School of Communication and Creative Arts, Deakin University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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